Les balades en caravane sont terminées, la voiture est rangée.
Les nuits à la belle étoile retournent dans les contes bohémiens, dans les songes des poètes, dans les yeux de vagabonds des campagnes.
Il faut laisser ces matinées câlines au fond de ma mémoire,
Il faut oublier les petits déjeuners à 13 heures avec comme bruit de fond les corneilles, les moineaux et autres oiseaux.
Il faut abandonner ces chaudes soirées de bonheur.
Il faut, il faut, il faut les enfouir dans mon être…
Tout au fond de ma tête.
Il faudrait...
Mais je ne le ferai pas.
Cela sera ma réserve de joie pour affronter les journées au sombre bagne.
Elle était bonne l'oisiveté avec ces amiEs qui font aussi ce que je suis.
Dans ces moments où nous nous sommes apprivoisés, rapprochés.
Toi, moi, la Féline, nous et le Temps…
Nous nous sommes aimés et nous nous aimerons malgré le trublion tourbillon monétaire et existentiel.
Et nous rattraperons ces minutes que le Capital nous vole...
-- - - c o u p u r e - - - ---------------
Mesdames et Messieurs, j'ai le grand honneur de vous présenter,
Le Grand Capital et Le Bonheur de Labeur, vos grands amis de tous les jours qui ne vous quitteront que lorsque mort s'en suive. A vous de survivre. Attention ! Attention ! Vous ne pouvez manquer ce que vous allez expérimenter : des folies passagères, des Burns Out programmés, du stress accumulés, des nerfs qui font mal, des têtes qui chauffent et s'emballent de mille graines à la saveur de migraine, des énervements sporadiques, des médicaments prescrits, des coups de gueules, des coups bas, des coups de couteau, des langues de bois, des langues de vipères, des gueules de bois, des harcèlements psychologiques futiles, des insomnies extraordinaires, des visites chez les trifouilleurs de pensées, des rendez-vous manqués avec sa vie privée, des tristesses et des frustrations à flanquer aux visages des personnes qui vous sont chères, des heures où vous oublierez votre âme, des minutes de libertés volées à votre vie (ça, ça compte pour la mort !). Venez ! Rentrez dans le Monde fantastique du Monde du Travail. Ici, jamais vous ne vous ennuierez car c'est ici que vous mourrez.
- o n -
Il est lundi 13 juillet 2009.
Voici plus de trois heures, trois minutes, trente secondes et trente centièmes, que je suis revenu dans la bouche du vieux Monstre.
Il faut encore donner au Monde. Donner plus.
Donner de sa plus belle surface, sa plus jolie face, farce et attrape.
Donner toute son inventivité, toute sa créativité. Tout.
Prenez et mangez ; ceci est mon corps livré pour vous. Buvez-en tous, ceci est mon sang.
C'est certain, je suis de nouveau dans le système, au cœur de son interface qui m'a happé.
Le bourdonnement électrique de la Bête vrombit dans mes oreilles.
Je suis de nouveau sur la fréquence de la Besogne.
Quelle horreur !
Où sont passés mes couleurs, mes odeurs, mes amiEs, ma chérie et Billie ?
J'ai repris mon numéro :
C6X8N.76.150.219
Mis une chemise avec un col qui colle
Enfilé des pantalons longs tout propres.
Chaussé de petites chaussures qui brillent.
Mis ma combinaison de forçat,
Revetis ma camisole sans que l'on ne me force.
Ouvert les dossiers
Enclenché l'ordinateur
Formaté mon cerveau en mode "Arbeit macht frei"
Je suis le Champion de la Mondialisation qui ne s'altère pas !
Et maintenant que me reste-il à faire ?
M'attacher, m'atteler, m'harnacher, me brider, me brosser, pour affronter la vie que je mors à pleines dents…
Le mord dans les dents,
La mort dans la tête…
Tout ceci pour gagner le merveilleux tiercé d'une vie professionnelle tracée d'illusions, en croquant des pommes comme de jolis chevaux dociles.
- o f f -
